Hira gasy, kabary d’ouverture

Kabary vaky sehatra
Rakotomanana, dit Rainimazaoro
Ambatokely, 2000.

Extrait de Madagascar, Parole d’ancêtre Merina, Amour et rébellion en Imerina, Didier Mauro, Emeline Raholiarisoa, éd. ANAKO, Fontenay-sous-Bois, 2000.

L’illustration :
Tableau en bois fait par Dominique Masseron (Ambositra), intitulé Souffle de vie qui est le nom de l’accordéon de Rossy, ambassadeur de la musique malgache, et qui intègre les apports du hira gasy.

Le texte :

Lorsqu’on pense le vrai, on recherche la justice.
Nous devons nous saluer, nous tous, parce que nous sommes vivants.
Mais le temps manque pour que nous puissions tous nous serrer la main.
Car lorsqu’on pense le vrai, on recherche la justice.
Nous vous saluons tous, car nous ne nous sommes pas vus depuis longtemps.
Papa et maman, petits et grands, frères et soeurs chéris,
Nous ne pouvons pas nous prendre la main.
Alors nous allons vous saluer avec des mots très doux.
Donc je dis : bonjour papa, bonjour maman,
Bonjour les grands frères, qui êtes comme des pères,
Bonjour les soeurs chéries, bonjours tous les petits enfants.
Comment allez-vous ? Cela fait longtemps que nous ne nous sommes pas vus !
Ne brisez pas l’arbre contre lequel on s’appuie !
N’observez pas la route sur laquelle on veut marcher !
Ne perdez pas les dents pendant la récolte de maïs !
Ne finissez pas le riz pendant le repiquage !
Ne cassez pas l’assiette où il y a la sauce !
L’honneur du Seigneur des ancêtres, l’Etre suprême,
La rosée du ciel en haut, et le délice de la terre pour vos enfants !
Et vous, les mpihira gasy, préparez-vous,
Parce que le temps presse !
Attention ! Quand j’aurai fini de parler, un... deux... trois...
allez-y !

Ouverture du spectacle dans le village d’Ambatokely.

Citation :
Chez les Malagasy, l’art traditionnel est un art de prestige, car c’est un don de Dieu*. Dans ce sens, le but de leurs actions n’est pas lucratif : il s’agit de gagner du prestige. Les compétitions prennent alors un sens symbolique car il s’agit de défendre l’honneur de la famille.
* Andriananahary, le Seigneur des ancêtres, l’Etre suprême de la religion malgache.
Mireille Rakotomalala, lettre du 29avril 1998, correspondance avec Didier Mauro.

La parole devenant spectacle, nous plaçons délibérément cet article dans le domaine d’histoire des arts "Arts du spectacle" du Muvam.

Ressources pédagogiques :
Mise en voix par les élèves de 4ème, collège René Cassin, Fianarantsoa, lecture à plusieurs voix :

Traduction libre (non officielle) par Fitahiana et lue par Haingo :

Disponible sur Fianarant’Son

Pour la mise en voix, le texte n’est pas dit par un seul « maître de cérémonie », mais par l’ensemble des élèves. Des fragments de texte sont distribués aux élèves, travaillés puis récités. La lecture polyphonique vise à rendre une impression de « communion », et de fête.

Les élèves pourront par ailleurs réfléchir sur les valeurs de l’impératif, les types et les formes de phrases, les métaphores et les passages énigmatiques du texte.

Hira gasy, cela peut se traduire par "Opéra populaire malgache" . Le spectacle combine scènes rurales, kabary (art du discours), proverbes, jeux de mots, chants et musique. Cet « opéra populaire » peut se jouer au bord des rizières, près des tombeaux ou au village, selon des règles et des codes bien définis.

Nous proposons aux élèves (4ème) de repérer dans le texte les formules énigmatiques.
Chaque élève, avec sa culture, ses souvenirs, sa compréhension de la fête, sa fréquentation personnelle des proverbes, propose une interprétation libre de ces fragments mystérieux :

"Ne brisez pas l’arbre contre lequel on s’appuie !"
"C’est comme la confiance, si on brise l’arbre, ça mettra du temps à repousser." (Timothée)
"Il faut être fidèle aux personnes qui nous soutiennent." (Fitahiana)
"Si on coupe l’arbre, on n’a plus d’ombre." (Florentin)
"Briser un arbre, c’est briser la forêt." (Manoa)
"Ne pas briser son rêve ou espoir, mais au contraire y croire." (Hugo)
"Il ne faut pas briser les traditions et les règles qu’on suit." (Océane)
"Ne pas oublier les beaux souvenirs et les bons moments vécus ensemble." (Antonio)
"Cela signifie qu’il ne faut pas briser l’amour qui nous réunit. Il faut rester unis jusqu’à la fin et ne pas casser l’arbre avec les erreurs commises par certains." (Domoina)
"L’arbre, c’est l’ambiance du spectacle." (Jérémy)

"N’observez pas la route sur laquelle on veut marcher !"
"Marchez droit devant vous sans vous arrêter, agissez sans craindre la honte, jusqu’au bout, sans prendre peur des obstacles." (Andy)
"Ne décidons pas de notre avenir." (Ranja)
"Peu importe où l’avenir nous mènera, nous resterons toujours ensemble." (Manda)
"Il y a ceux qui ne veulent pas marcher, qui ont un regard critique et qui mettent en garde ceux qui veulent marcher."
"L’important est d’être courageux." (Antonio)
"Regarder la route, c’est la bloquer et empêcher les autres d’avancer." (Kevin)
"Il faut suivre la tradition de nos ancêtres." (Valérie)
"Si on regarde trop la route, on va se cogner contre quelque chose." (Christian)
"Ne vous mêlez pas des problèmes des autres." (Geraldo)
"Profitez du présent, pensez à maintenant, au lieu du lendemain." (Hugo)
"Il ne faut pas s’arrêter de rêver, ni s’arrêter en cours de route." (Andry)
"Avançons sans crainte." (Fitahiana)
"On ne pourra pas toujours décider de notre avenir." (Fandresena)
"Ne regarde pas toujours ce qu’il y a autour pour ne pas te décourager." (Nambinintsoa)
"Il ne faut pas rester bloqué à cause de certaines personnes qui veulent rester au même niveau et n’avanceront plus." (Timothée)

"Ne perdez pas les dents pendant la récolte de maïs !"
"Gardez précautionneusement ce dont vous aurez besoin plus tard." (Andy)
"Le maïs, c’est le spectacle, les dents, c’est la concentration durant le spectacle. On a besoin des dents pour savourer le maïs." (Jérémy)
"Quand on est à deux doigts d’avoir quelque chose, on ne doit pas perdre espoir." (Miora)
"Ne buvez pas trop durant la récolte, il y aura des bagarres et vous ne pourrez pas profiter des bonnes choses." (Yoann)
"On ne doit pas manger avant les autres ; le travail d’abord et après, le réconfort." (Kevin)
"Ne jamais abandonner en cours de chemin." (Hugo)
"Il ne faut pas perdre les forces avant les résultats." (Andry)
"Il ne faut pas perdre une dent sinon on ne la retrouvera plus vu qu’une dent ressemble à du maïs !" (Nambinintsoa)
"On ne doit pas perdre espoir durant les combats de la vie." (Harena)

"Ne finissez pas le riz pendant le repiquage !"
"Il ne faut pas tuer les gens quand ils se multiplient." (Harena)
"Il faut penser à l’avenir." (Scully)
"Il ne faut pas tout gaspiller." (Océane)
"On ne doit pas terminer le riz qu’on a à la maison ; après le repiquage, il faut encore attendre des mois ; il faut économiser." (Cathy)
"Veillez à ce que vos provisions puissent suffire pour l’avenir." (Ranja)
"Le riz, je le prends comme étant le temps durant le spectacle qui doit se dérouler." (Jérémy)
"Ne mangez pas tout avant que les autres n’arrivent." (Andy)

"Ne cassez pas l’assiette où il y a la sauce !"
"Ne gâchez pas la fête où il y a une bonne ambiance." (Noya)
"La sauce, c’est quelque chose de précieux ; ce n’est pas tout le monde qui peut se l’offrir." (Valisoa)
"La sauce est rare, il faut la conserver ; ne faites pas quelque chose que vous allez regretter." (Cathy)
"Ne cassez pas l’ambiance qui commence à chauffer." (George)
"Ne soyez pas gourmand, ne vous précipitez pas, au risque de bousculer quelqu’un et de tout casser." (Kevin)
"Ne pas briser la confiance qu’il y a entre nous." (Geraldo)
"Il ne faut pas gâcher la source du bonheur." (Andry)
"L’assiette, c’est la famille, et la sauce, c’est la nationalité, notre culture et celle de nos ancêtres." (Fandresana)
"Il ne faut pas faire quelque chose de stupide, sinon on perdra ce qui est bon." (Nambinintsoa)
"Ne brisez pas l’union qui existe entre nous." (Harena)

Comparatif :
On orientera les élèves vers le rôle du "coryphée" et du "choeur" dans la tragédie grecque antique. Le coryphée est le chef de choeur et interroge les acteurs ; le choeur est un personnage collectif, intermédiaire entre les spectateurs et les acteurs, qui chante, danse et commente l’action, accompagné d’instruments.

Pour contacter l’auteur de cet article : charles-edouard.saint-guilhem@rcassin-fianarantsoa.com