Statues de Palissandre.

Forêt d’Ankarafantsika
XXème siècle.
Ireo sata mifehy ny voamboana
ao amin’ny alan’i Ankarafantsika
ni taonjato faha 20.

Par Misa (3ème B. Collège René Cassin. Fianarantsoa).
Cette œuvre est constituée d’un ensemble de grandes statues de bois gris-noir qui dépassent très largement notre taille. Elles me rappellent les totems de tribus lointaines. Elles sont placées en hauteur sur une petite estrade de pierre à la lisière de la forêt Ankarafantsika (100 km au sud de Majunga ; nord ouest de Madagascar). Sur cette estrade, on compte une dizaine de statues. Certaines sont plus grandes que d’autres, mais au final elles se ressemblent toutes. Ce sont des troncs, dépourvus de détails, du bois ni taillé, ni sculpté. Trône sur le sommet du bois un visage, très finement sculpté. On distingue toutes les parties : oreilles, yeux, nez, bouche. Mais elles n’ont pas de cheveux, sauf celle du milieu, la plus grande, au corps plus ou moins fissuré, qui semble avoir les cheveux tressés. La fissure permet de traverser la couleur noire et de pénétrer à l’intérieur : on voit le bois, la couleur du bois, l’esprit de la forêt.
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Ressources pédagogiques

Ressources pédagogiques :
En classe de 6ème, on peut demander aux élèves de laisser libre cours à une parole spontanée, en les guidant par quelques questions : Qui sont ces statues ? A quoi font-ils/elles penser ? Que pourraient nous dire ces statues ? On privilégiera un travail sur la comparaison et la métaphore.

En classe de quatrième, on peut présenter cette oeuvre d’art comme support à l’écriture d’une nouvelle fantastique (cadre réaliste, mais circonstances qui favorisent le trouble, le bizarre, l’étrange et le doute...). On leur donnera la première phrase : " J’arrivai dans la forêt d’Ankarafantsika, quand soudain j’aperçus des formes dressées parmi les arbres".

En classe de troisième, on peut guider une parole sur l’oeuvre davantage tournée vers l’argumentation :
- En quoi cette oeuvre nous parle-t-elle de la forêt ?
ou
- En quoi peut-on dire que cette oeuvre propose une réflexion sur la fragilité ou la force de la forêt ?

Paroles d’élèves ci-dessous :

Classe de 6ème B :

« Si une personne touche un arbre, il devient une statue de bois » (Shazane).
« On a envie de les toucher ; on dirait qu’ils vont tomber » (Inaara)
« Une des têtes a l’air de regarder autre chose que ses compagnons, il a l’air de rêver » (Anja)
« Ce sont des géants sans cheveux ; on se croirait au musée. C’est comme s’il y avait un maître tai-chi ; ils vont tous au combat en rang » (Fenoharisoa)
« Ils surveillent chacun un côté de la forêt ». (Mickael)
« Leurs têtes chauves montrent leur sagesse. Ils sont jumeaux » (Lovasoa)
« On dirait qu’ils dorment » (Marie Adriana)
« Ils sont en train de se réunir dans la forêt ; ils ont un chef » (Herdert).
« Leurs cous sont très longs » (Alice)
« C’est comme des soldats sans armes ; c’est comme des hommes qui ont fait la guerre » (Eddy)
« Les statues ressemblent à des prisonniers qui sont attachés » (Fy)
« Sur l’une des statues, il y a une cicatrice ; ils vont combattre des territoires ; on dirait aussi qu’ils pensent à leur copines » (Nirvanah)
« J’ai l’impression d’être en famille ou avec mes amis quand on chante ; on dirait mes meilleurs amis… ou des moines ; ils semblent bien dans la nature ; c’est comme une tribu qui s’installe. Ils n’ont pas de mains, ils sont immobiles, comme des joueurs de baby-foot » (Steven)
« Elles sont en assemblée générale » (Loïce)
« ça me fait penser à mes arrière grands-parents ; j’aimerais parler avec eux ; on dirait qu’ils vivent dans un lieu où personne ne vit » (Cardin)

Classe de 4ème B :

Thierry :
« J’arrivai dans la forêt d’Ankarafantsika, quand soudain j’aperçus des formes dressées parmi les arbres. Il faisait très chaud et j’étais épuisé. Je ne crus pas ce que je vis. Ces formes ressemblaient à des hommes mais ils n’avaient pas de bras ni de jambes. A ce moment-là, je crus que c’était l’ombres des arbres. J’avais très faim et très soif et… très peur. Je m’approchai pour vérifier, les ombres avaient disparu. Je continuai alors mon chemin. Je cherchais désespérément des hommes pour me ramener à un village. La région était connue pour être peu visitée et l’espoir s’affaiblissait. Je bus alors ma dernière bouteille de vin et m’endormis. Soudain, j’entendis des bruits de pas. Je pensai alors que c’était les secours que j’attendais depuis si longtemps. Il faisait très noir. Je vis enfin ces hommes mais quelque chose n’était pas normal… ». Imaginez la suite !

Ioby :
« J’arrivai dans la forêt d’Ankarafantsika, quand soudain j’aperçus des formes dressées parmi les arbres. Je m’arrêtai pour essayer de les distinguer. Mais je n’y arrivais pas car les feuilles m’en empêchaient. Mon cœur commença à s’emballer. J’étais seul ; il faisait grand jour. Un terrible sentiment m’habitait. Je m’approchai pourtant. J’avançai dans cet endroit espacé et aéré. Mais cela n’empêchait pas la chaleur de pénétrer mon corps. Le spectacle qui se tenait devant moi était saisissant : des statues semblables à des ombres, longilignes. Je crus d’abord qu’elles étaient en pierre, mais en les dévisageant de plus près, je constatai qu’elles étaient en bois. Leurs visages paraissaient impassibles. Elles n’avaient ni bras, ni jambes, mais elles étaient imposantes. Je ne sus expliquer pourquoi , je les comptai : douze. Douze magnifiques statues, ou plutôt étranges. Je ne peux vous expliquer avec des mots ce que je ressentis à ce moment-là, mais ce que je peux dire, c’est qu’elles dégageaient quelque chose de particulier, de fantastique. Je m’attardai longuement sur chacune, les scrutant. Je finissais de détailler la onzième quand je m’aperçus que la douzième avait disparu. Comme si elle n’avait jamais existé. Pourtant j’aurais parié qu’il y en avait bien douze. Avais-je mal compté ? Je n’étais certaine de rien ». Imaginez la suite !

Erine :
« J’arrivai dans la forêt d’Ankarafantsika, quand soudain j’aperçus des formes dressées parmi les arbres. Je commençai à m’approcher, lentement, jusqu’à distinguer d’étranges statues autour de moi, les arbres semblaient m’entourer comme si il y eut un événement important, quelques minutes auparavant. Le vent dansait à travers ces mystérieux personnages. Ils formaient peut-être une tribu ; en tout cas, ils devaient être des gens importants. Le soleil tapait au-dessus de ma tête, les ombres dormaient sur le sol. Soudain, je crus apercevoir une masse corporelle bouger dans la verdure. Je ne sais pourquoi, je me mis à compter les statues : onze ! Alors qu’on m’avait bien dit qu’il y en avait douze. Une crainte confuse traversa mon esprit, j’étais trempée de sueur, de la tête au pied, non pas à cause de cette chaleur étouffante, mais il y avait autre chose, inexplicable et impressionnant à la fois ». Imaginez la suite !

Rila :
« J’arrivai dans la forêt d’Ankarafantsika, quand soudain j’aperçus des formes dressées parmi les arbres. Les formes étaient nombreuses et ressemblaient étrangement à des hommes. Je m’arrêtai un peu, repris mon souffle après le long voyage que j’avais effectué. Mon front était brûlant, mon corps était courbaturé. Après quelques instants, je remarquai que ces fameuses formes se situaient au centre de la forêt. J’eus l’impression que ces formes étaient des statues. Midi. Je n’arrivai toujours pas à détacher mon regard de ces statues. Elles avaient quelque chose de particulier ; mais je ne savais pas quoi. Mon ventre gargouillait mais cela ne semblait pas me préoccuper pour autant.
Soudain, je ne sais comment l’expliquer, j’eus l’impression que les yeux d’une des statues changèrent de direction. Les yeux avaient l’air de me regarder. Ce fut comme s’ils me regardaient dans les yeux. J’avais l’impression que ce regard était plein de colère, de haine envers moi. Je tremblai. Mes mains, mes jambes, tout mon corps était un frisson. Mon cœur battait sans doute très vite, je suai. Un seul regard d’une de ces statues réussit à me mettre dans un état de trouble extrême. Je voulus appeler à l’aide, mais aucun son ne sortit de ma bouche. J’étais probablement folle. De plus en plus de regards se portaient sur moi, j’étais pétrifié. Je sentis alors une main sur mon épaule ». Imaginez la suite !

Rachel :
« J’arrivai dans la forêt d’Ankarafantsika, quand soudain j’aperçus des formes dressées parmi les arbres. J’étais tellement fatiguée, mes jambes lâchèrent, et je m’écroulai au pied d’un arbre quelconque, mes yeux se fermèrent et je m’endormis instantanément. Je me réveillai plus tard, sous un ciel sombre. Il régnait une sorte d’atmosphère glaciale alors qu’on était en plein été. Je frissonnai malgré moi. Je jetai un coup d’œil aux alentours et constatai que je me trouvais pile en face des sculptures que j’avais aperçues plutôt dans la journée. Elles avaient un air intrigant, voire inquiétant. Je me levai si brusquement que la tête me tourna. Je m’appuyai contre un arbre. Le vent sifflait à mes oreilles, j’entendais le bruissement des feuilles au-dessus de moi. Des nuages recouvrirent le ciel pendant que ma respiration se faisait erratique et que mon cœur tapait dans ma poitrine, comme prévenu par quelque instinct. Je me sentais observé et à chaque fois, je levais mes yeux sur ces statues de bois noir. Il me sembla percevoir un mouvement du coin de l’œil, mais je me dis que c’était probablement un animal nocturne. A ce moment-là, une souris blanche, sortie de nulle part, courut se réfugier derrière un buisson. Mon cœur sembla s’arrêter pour repartir dans une course folle. Il fit encore plus sombre, si c’était possible, mais étrangement, je distinguai parfaitement ces formes élevées au milieu du bois possédant un corps long surmonté d’une tête. Elles étaient douze, aucune de la même hauteur, mais regardaient toutes dans la même direction : moi ! Mon sang se glaça dans mes veines ». Imaginez la suite !

Classe de 3ème B :

« Les gens semblent au Fokonolona. Ils se rassemblent pour travailler en commun. Fantsika signifie « clou », qui rentrent dans le bois ; les hommes sont comme des clous qui trouent le bois » (Andriantsoa)
« ça ressemble à un rituel en famille » (Nikesh)
« Les statues sont là pour honorer la forêt, la vie entre la nature et les humains. Il faut vivre en harmonie avec la forêt, faire tout pour lui plaire, ne pas la détruire. La forêt est comme un membre de la famille » (Fabrice)
« Ils n’ont pas de main, comme ça ils ne peuvent pas couper des arbres. On voit leur tête pour nous montrer que les humains ont encore une tête pour penser, réfléchir à ce qu’il faut faire ou non » (Anne Francette)
« Ils semblent faire partie d’une confrérie de gardiens de la nature ; ils ont de grandes oreilles pour bien entendre le chant de la forêt » (Michel)
« Ils vont tous dans la même direction ; ils font un sacrifice » (Fehizoro)
« Elles sont soutenues par des barres de fer à la base. On peut ainsi interpréter que la forêt a besoin d’un soutien solide à la base (terre), que la forêt a des entrailles profondes » (Esteban)
« Elles semblent inséparables » (Jean Baptiste)
« Ces statues me rappellent les aloalos des tombeaux » (Caelle)
« On dirait des troncs d’arbres avec des têtes. Les statues posent les yeux sur le monde, elles nous regardent ; elles me confient leurs malheurs, leurs peines, leurs douleurs, leur chagrin, leur joie aussi » (Rosine)
« Elles sont mises en hauteur pour mieux voir ceux qui passent. Elles sont les gardiennes de la forêt, mais, on peut penser l’inverse, c’est la forêt qui les encercle et les garde. Leur disposition fait qu’on peut penser à des choristes. Elles chantent pour bercer la forêt et les animaux qui y vivent. La chanson n’a pas de paroles, mais une belle mélodie » (Sharone)
« Elles forment une tribu pour rassembler leur force. Chacun est solitaire, mais aussi solidaire. Ensemble, elles luttent contre ceux qui veulent détruire leur forêt » (Misa)
« Elles viennent de très loin pour venir contempler la forêt » (Nina)
« On peut imaginer que c’est un tombeau familial » (Taciana)
« Si elles étaient vivantes, elles nous diraient sûrement de protéger la forêt » (Naïma)
« Ces gardiennes surveillent au cas où un malfaisant viendrait abîmer cet endroit, ce lieu, leur résidence » (Moïse)
« Ces statues semblent être enchaînées comme des prisonniers ou des esclaves. Ils vont être sacrifiés pour la forêt. Ils montrent aussi qu’on peut tout faire avec le bois. Elles nous invitent à mieux connaître la forêt » (Leonelle)

On mettra à profit aussi un extrait du sonnet Correspondances de Baudelaire ; les deux strophes prennent
une nouvelle résonnance quand on les lit en regardant les statues !

La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

(...)
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On peut encore "lire" le poème bilingue Lire, dans Presque-Songes, du poète malgache Jean-Joseph Rabearivelo :

Lire

Ne faites pas de bruit, ne parlez pas :
vont explorer une forêt les yeux, le cœur,
l’esprit, les songes...

Forêt secrète bien que palpable :
forêt.

Forêt bruissant de silence,
Forêt où s’est évadé l’oiseau à prendre au piège,
l’oiseau à prendre au piège qu’on fera chanter
ou qu’on fera pleurer.

À qui l’on fera chanter, à qui l’on fera pleurer
le lieu de son éclosion.

Forêt. Oiseau.
Forêt secrète, oiseau caché
dans vos mains.

Mamaky teny

Aza migadona, aza miteny :
Hamaky ala ny maso, ny fo,
ny saina, ny nofy…

Ala miafina, na azo tsapaina ;
Ala.

Ala miraom-panginana
ala nandosiran’ny voron-kofinandrika,
ny voron-kofinandrika hasaina mihira
na hasai-mitomany –
hasaina mihira, hasai-mitomany
ny toera-nahafoizany.

Ala. Vorona.
Ala miafina, voro-miery
ao anaty tànanao.

Au lycée, on pourra encore élargir la réflexion sur la staturaire et développer une réflexion autour du socle (de bois, de marbre, de bronze ... pas socle commun !). Par exemple, le buste de Camille Claudel, par Rodin.

Pour réfléchir sur les ensembles statuaires, sur la force et la faiblesse, la vie et la mort, l’horreur et la beauté, on pourra présenter aux élèves le Monument à Jean Moulin (Paris, 1984), de Georges Jeanclos, qui s’inspire à la fois du Chant des Partisans et de la prière aux morts juïve.

On y voit des guetteurs de l’humanité ; la statuaire de bronze nous appelle à penser la résistance.

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Pour contacter l’auteur de cet article : charles-edouard.saint-guilhem@rcassin-fianarantsoa.com

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